mardi 10 mars 2015

Bonjour,

Le 1er mars, mon grand-père fêtait ses 91 ans ! Mais je n’ai pas pu aller lui rendre visite... Ni pour ses 90 ans d’ailleurs. Pourquoi ? Ne cherchez pas loin. La réponse se cache là, devant vos yeux. En fait, elle ne se cache même pas puisque c’est le titre de ce blog ! Eh oui, Monsieur le syndrome d’Ehlers Danlos est responsable de cette déconvenue. Une nouvelle fois. Je vous explique. Mon grand-père n’habite pas en ville. Il n’habite pas non plus en montagne. Il n’habite pas non plus en pleine campagne ... enfin si mais avec de l’eau de mer tout autour : il habite sur une île non loin de nos côtes bretonnes. Or, je ne supporte plus l’air iodée. Le sel  « brûle » mes voies respiratoires. Mon grand-père est fatigué et ne vient sur le continent (c’est comme ça que les habitants de cette île appellent la terre ferme) que pour des examens médicaux. La dernière fois que je l’ai vu, il avait 85 ans. Il est probable que je ne puisse même pas me rendre à son enterrement ! J’ai réfléchis à diverses possibilités de traverser les 15 kilomètres qui séparent l’île du continent :

-          Traverser enfermée dans une voiture dans la cale du bateau mais c’est interdit sauf pour les ambulanciers mais moi je ne vais quand même pas rendre visite à mon grand-père en ambulance !! C’est n’importe quoi ! Donc cette solution n’est pas possible.

-          Traverser dans un mini avion de 3 ou 9 places. Sur l’ile, il y a un aérodrome, donc en soi, c’est possible. Mais, (oui, il y a un « mais » sinon ce n’est pas drôle !) pour monter dans ces minis avions, il faut pouvoir grimper sur l’aile car la porte est sur l’aile... Cette seconde idée est ainsi irréalisable...

-          Mon père fait du paramoteur et peut transporter une seconde personne. Mais oups, je suis sed et toute laxe et pas très sportive ! Idée à la poubelle...

Je n’en ai pas d’autre... Il n’existe ni  pont ni tunnel entre cette île et le continent à ce jour. Avez-vous une idée, vous, lecteur, lectrice ? ... car je suis preneuse !

 

Je poursuis toujours les deux ateliers musique à l’EHPAD (maison de retraite) : un atelier avec des personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer  (que je nomme « atelier fermé » puisque ces personnes sont enfermées) et un second atelier avec des personnes résidentes en maison de retraite (que je nomme « atelier ouvert » en contradiction de l’autre). Voilà désormais plus d’un an que j’interviens dans la partie ouverte et sept mois dans la partie fermée. Je me sens désormais à l’aise et en confiance.

Vendredi dernier, je me suis rendue à une cérémonie d’enterrement d’un résident de la partie ouverte. La vieillesse, mon devenir, le devenir de mes parents, celui de mon époux me posent beaucoup de questions. J’entends au téléphone mon papi vieillir, devenir moins alerte, moins drôle, moins attentif. C’est difficile, peut-être aussi parce que je suis loin ? Quand je me rends à l’EHPAD, je vois les résidents évoluer positivement ou non d’une semaine à l’autre. C’est plus souvent une évolution négative d’ailleurs. Tout le monde s’accorde à dire que le temps file à toute allure. Alors prenons-nous le temps de profiter réellement de chaque petit bonheur du quotidien ? Prenons-nous le temps de profiter pleinement des gens que nous aimons et qui nous aiment ?

A 18 ans, j’ai vu un rhumatologue qui m’a dit « Mademoiselle, vos articulations sont celles d’une dame de 80 ans. » Voilà, à 18 ans j’avais déjà 80 ans. Alors aujourd’hui que j’en ai 32, quel âge ai-je véritablement ? Jusqu’à il y a très peu de temps, je n’avais pas peur de vieillir et je ne me voyais pas devenir vieille. Pour moi, ma vie s’arrêterait forcément avant. Peut-être parce que n’ayant pas d’enfant, je ne deviendrai pas grand-mère donc je ne pouvais pas atteindre cet âge de la sagesse comme on dit.  Alors pourquoi devenir vieille si ce n’est pas pour entendre les cris joyeux de ses petits-enfants courir dans son jardin, faire de jolis dessins et de beaux bouquets de marguerites et de pissenlits? Pourquoi vieillir si c’est pour se retrouver seul ? Je ne suis pas suicidaire ou dépressive mais je me pose juste des questions sur la société actuelle. L’image que nous avons de la personne âgée est bien souvent celle du grand-père ou de la grand-mère mais jamais d’une personne âgée sans enfant et donc sans petits enfants. Qu’advient-il de cette personne –là à son enterrement ? Qui vient lui dire adieu ? Et avant ce geste ultime, qui vient lui rendre visite à la maison de retraite ? Les amis vont et viennent et une fois atteints un certain âge ils peuvent avoir décédés ou habiter une autre maison de retraite.

A 25 ans, beaucoup de personnes me demandaient quand je passais le bac. Je leur expliquais alors gentiment que j’étais en 3ème année de faculté et que, donc, j’étais titulaire du baccalauréat. J’étais toujours étonnée de voir leurs regards surpris ou incrédules, comme si je racontais une bêtise plus grosse que moi. A 32 ans, on ne croit toujours pas à mon âge. On me dit toujours plus jeune, entre 20 et grand maximum 25 ans. Alors un grand merci à Monsieur le SED qui fait ralentir l’arrivée des rides et ce, malgré les douleurs ! Mais qu’est-ce que l’âge véritable ? On me dit que mes articulations ont 80 ans, que mon visage a entre 20 et 25 ans et ma carte d’identité me dit que j’ai 32 ans. Quel âge ai-je véritablement ? Il parait que c’est l’âge du cœur qui compte ... Belle image poétique, n’est-ce pas ? Mais comment quantifier cet âge-là... Je ne me sens plus du tout une enfant, je n’ai donc pas en dessous de 13 ans. Je ne me sens pas proche de la génération des adolescents actuels. Je n’ai donc pas entre 14 et 18 ans. Ensuite, c’est plus compliqué. Je me sens un peu étudiante car j’ai toujours envie d’apprendre et d’approfondir mes acquis. Mais je me sens aussi comme un adulte qui a déjà un peu d’expérience et de passé. Par contre, je dois ajouter que je ne me sens pas souvent pas une personne âgée de 80 ans ! Ces rares cas sont par exemple quand je me coince bien le dos et que je dois faire mes transferts pliée en deux!! C’est aussi le cas quand on me demande où j’ai mal et que je dois faire la liste. Là, je pense à la chanson      d’Ouvrard: Je ne suis pas bien portant(https://www.youtube.com/watch?v=mluu9VIGifQ) et je ne peux m’empêcher de sourire en imaginant ce vieux monsieur, ancien militaire, chanter si vite ! Quelle prouesse, tout de même !! Je retourne alors à l’EHPAD, et j’entends les personnes âgées qui se plaignent de tout, tout le temps. En conclusion, j’ai actuellement plusieurs âges et je suis donc déjà un peu une personne âgée... Je ne me l’avouais pas vraiment. Je préférais l’être par l’ensemble de savoir qu’elle accumule tout au long de sa vie, par la sagesse qui la caractérise bien souvent (à tort ou à travers d’ailleurs), mais non, il faut que ce soit par ses douleurs ! Ah !! Monsieur le SED...

Vous, lecteur, lectrice, je vous laisse désormais à vos pensées et n’hésitez pas à laisser un mot si vous le souhaiter, j’y répondrai avec plaisir ! Portez-vous bien.

Claire