Mercredi 8 Octobre 2014

Bonjour,

Je commence ici un petit feuilleton de mes aventures en tant qu’animatrice bénévole au sein d’un EHPAD (maison de retraite) qui comprend une unité Alzheimer/Parkinson. Animatrice en quoi me direz-vous ? Animatrice en musique pardi !

En décembre dernier, avec ma chorale, nous y  sommes allés faire un concert pour Noël. J’ai discuté avec la gouvernante des lieux (oui, oui, c’est bien comme ça que l’on nomme la personne et je ne suis pas dans le film Mary Poppins ! Cette personne m’a expliqué qu’il existait peu d’ateliers pour les résidents et pas d’étalier musique. Je pensais depuis un moment proposer des ateliers musique en maison de retraite ou en prison ou… Mais je n’avais jamais franchi le pas. L’occasion s’offrait devant moi, la porte était grande ouverte. Je n’avais plus qu’à dire oui.  C’est ce que j’ai d’ailleurs fait en me donnant un petit délai pour préparer mon intervention et me reposer avant.

Je suis revenue début janvier.  Il était question d’un atelier chorale. J’avais donc préparé une petite partition autour d’une berceuse pour leurs petits-enfants. Nous choisirions ensemble par la suite une partition selon leur niveau et leur capacité…. Et surtout leur souhait ! Choux blanc total !! L’atelier choral s’est très vite transformé en un atelier diffusion de CD avec « je chante dessus  comme je peux ». J’ai donc dactylographié des paroles de dizaines de chansons que j’ai classées dans de gros classeurs. Me voilà partie à chanter du Trenet, du Piaf, du Bourvil, du Lama, du Ray Ventura et ses collégiens, du Frehel, du Lina Margy, du Lenorman, des Compagnons de la chanson … et bien sûr à chaque atelier il ne faut pas oublier les deux titres phares : Mexico et Rossignol de Luis Mariano ! Saviez-vous que le chant Rossignol est en fait un conte où la princesse embrasse un rossignol qui se transforme en un prince galant ? Les contes, adultes ou enfants, plaisent toujours et font rêver ! J’aime chanter ces deux chants car, enfin( !), je peux aller vers les aigües !

Après quelques ateliers, un papi tout petit plier en deux sur fauteuil, avec sa gapette sur la tête, est venu me voir alors que j’installais mes affaires. J’étais seule. Il s’est mis à entonner Mexico avec un grand sourire. Le CD ne tournait pas. Il chantait très bien ! J’étais très heureuse ! Quand les chants travaillés ne l’intéressaient pas, il se repliait complètement sur lui et à l’inverse, quand les chants lui plaisaient, il se dépliait et ouvrait ses yeux et je pouvais entendre sa voix. Au printemps dernier, il est décédé. Je l’ai vu heureux avec la musique. J’ai cette victoire.

Un autre monsieur venait aux ateliers mais ne chantait pas et ne parlait pas. Je ne comprenais pas pourquoi. Une fois, je le croise dans l’ascenseur et là il me fait un grand sourire et il me dit qu’il va chanter car il a retrouvé ses dents !! L’aide-soignante m’explique qu’il était en attente de la livraison de son dentier ! Lui aussi est décédé peu de temps après.

Une mamie au caractère bien trempée vient à mon atelier depuis le début. Elle parle bien et chante bien. Elle dit ce qu’elle pense. Elle chante à sa vitesse à elle. Elle se dispute souvent avec une autre dame qui vient à l’atelier… pas évident de gérer ça… Comme le petit à la gapette, elle est venue une fois en avance et a chanté Rossignol toute seule sans le CD   pour me montrer qu’elle le savait par cœur ! Elle est encore vivante mais elle se fatigue et chante moins…

Une mamie vient souvent avec sa fille. Quand je fais un grand sourire à la mamie, elle me répond par un grand sourire. Quelle victoire ! De même avec un monsieur et une autre dame atteints de la maladie d’Alzheimer.

En août, je suis partie une semaine à mon stage de chant à La Baule. Je vais toute les semaines à l’EHPAD, une heure le mardi.  Une fois revenue sur Nantes, le lundi midi, je ne savais plus ce que j’avais dit à l’EHPAD : devais-je faire mon atelier le lendemain ou non ? J’y suis allée et si j’avais finalement annulé, je rentrerai. Voilà ce que je m’étais dit. A l’EHPAD, le petit groupe d’habitués était partis en promenade, il faisait beau. Une aide-soignante m’appelle et me dit « Mais comme tu es là, ce serait dommage que tu te sois déplacée pour rien. Si tu veux, tu peux faire un atelier pour les résidents de l’Embellie ? ». Heu… Oui, pourquoi pas. Je ne savais pas dans quel bateau j’embarquais !

Pendant l’atelier, certains dormaient, d’autres bavaient, une tremblait et deux répétaient « Alors, je ne sais pas pourquoi, mais, toujours à la même époque, il y a un truc à la gorge qui me gratte. Ça me gêne, je ne peux pas chanter. Il va falloir que j’appelle le médecin. » La première fois que l’une des deux dames m’a dit  ça, je me suis posée des questions, quels exercices vocaux pouvait faire cette dame pour aller mieux par exemple. Ah oui ! Car l’une d’entre elle me répète ça depuis début janvier à chaque atelier auquel elle participe !! Elle me dit aussi qu’elle doit sortir de la pièce car sa famille l’attend chez elle pour manger car elle n’a pas mangé et ça ne se fait pas de faire attendre ses invités.  Notez que l’atelier a lieu de 15:00 à 16:00. J’ai donc chanté seule pendant presque 1 heure.

L’aide-soignante revient et accompagne les résidents dans le salon de l’unité fermée. Une unité Alzheimer est un lieu fermé à clefs ou avec des codes pour la sécurité des résidents. Puis elle revient vers moi et me demande « Comment ça s’est passé ? » « C’était duuur ! ». Elle m’explique que l’atelier leur a forcément fait du bien même si ça ne se voit pas (ah ?), que leur mémoire est revenue presque en enfance (d’accord, j’enregistre, je note), et que des 30 / 40 dernières années ils n’ont souvent plus beaucoup de souvenirs. Je rentre chez moi avec cet échec en tête. Comme je n’aime pas rester sur un échec, je réfléchis longuement à tout ce qu’elle m’a dit. Quelques jours après, j’appelle la gouvernante et je lui propose d’essayer de mettre en place un second atelier. Ce second atelier serait spécifique aux personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer ou de Parkinson. La gouvernante accepte l’essai, ouf !

La semaine suivante, j’arrive avec deux jeux de nos enfances : « Je te tiens la barbichette » et « Ainsi font font font les petites marionnettes ». A chaque jeu, je passe moi-même avec chacun des résidents qui souhaitent jouer. Le jeu qui fonctionne le mieux est celui de la barbichette. Le toucher, le chant, le sourire, le rire, le jeu sont cinq éléments gagnants réunis  qui plaisent énormément et auxquels ces personnes n’ont pas forcément accès quotidiennement. Je leur ai proposé des comptines : A la claire fontaine, Frère Jacques ou encore Mon moulin va trop vite. Ces petits chants font appel à leur mémoire d’enfants. J’ai vu des yeux s’ouvrir, des bouches chantonner, des pieds battre le rythme ! Je leur ai fait écouter de la musique classique avec des paroles : alors là, succès absolu !! Alors que dans l’autre atelier, la musique classique ne les intéresse pas car ils ne peuvent pas chanter. Cet atelier se divise en petites parties d’une dizaines de minutes pour garder leur attention, tout comme avec les jeunes enfants.

Le premier atelier a eu du succès. J’ai donc eu l’autorisation de poursuivre les deux ateliers !

Tout ça me demande beaucoup d’énergie avec ma pathologie mais ça me pousse à aller toujours plus loin, et c’est important ! J’apprends beaucoup de cette expérience. J’adore intervenir dans cette maison de retraite.

Je vous conterai la suite de mes aventures un autre jour ! Si vous avez des questions, laissez-moi un commentaire et je vous répondrai sans souci !

Musicalement vôtre,

Claire